Squatter la parole : la Voix des sans-papiers, pour la régularisation

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Le cri du combattant

Squatter la parole : la Voix des sans-papiers, pour la régularisation

Luca BELLUCCI
Dans une politique belge d'immigration qui se durcit, les sans-papiers sont stéréotypés par les médias généralistes. Ces étrangers sont vus comme des parias, sans futur possible en Belgique. La branche bruxelloise du collectif « La Voix des Sans-Papiers » (VSP), composée d'un peu plus de 100 migrants illégaux, tente de se faire entendre de manière originale avec le squat. Depuis 2014, la VSP occupe bâtiments vides après bâtiments vides afin de crier haut et fort “régularisation pour les sans-papiers”. Enquête sur leur quotidien, leur organisation, les soutiens dont ils bénéficient et leur rapport avec les administrations.
Affiches posées par la VSP à l'entrée du Scandic Hotel de Bruxelles, occupé de fin décembre 2017 au 3 mars 2018. Crédits photo : Jalil Chaouite

Donner de la voix à travers le squat…

Ce sont des sans-papiers, celles et ceux qui ne sont pas des citoyens belges. Ce qu'ils cherchent, c'est mener une vie digne. Pour eux, mais aussi pour leurs familles. C'est pourquoi ils ont décidé de se battre et de faire entendre leur voix.

Parmi eux, il y a Modou. Il est arrivé en Belgique en 2012. Après que sa demande d'asile a été refusée à Anvers, il est venu à Bruxelles. Là, il a trouvé des gens avec qui communiquer. Des gens qui partageaient ses idées, qui voulaient aussi lutter pour la régularisation des sans-papiers. Leur problème, c'était de pouvoir tous se regrouper au même endroit afin de faciliter les communications et leurs revendications. Pour remédier à ce problème, la VSP nait en 2014. Elle rassemble des migrants en séjour illégal, dont Modou. C'est ainsi que ce dernier a voyagé de squat en squat, aux quatre coins de Bruxelles. Avec le squat, «  c'est plus facile de se faire entendre. On a tous le même toit, on s'organise plus facilement ». Ces squats ont donc deux finalités : l'une est sociale et l'autre est politique. «  Pour faire entendre nos revendications, nous avons décidé d'organiser des occupations pour être ensemble, et pour obtenir la régularisation pour tous et sans critères », affirme Modou avec assurance.

Photo du hall d'entrée en travaux du Scandic Hotel lors de l'occupation par la VSP
Photo du hall d'entrée en travaux du Scandic Hotel lors de l'occupation par la VSP. Crédits photo : Jalil Chaouite

Depuis décembre 2017, peu après que le collectif a été chassé de son ancien squat, la VSP s'est réfugiée au 18, rue d'Arenberg. Il y a là un hôtel, anciennement détenu par la chaîne d'hôtels suédoise Scandic Hotels, qui appartient maintenant à la société Pandox, autre chaîne d'hôtels suédoise. La raison pour laquelle Modou et les autres ont pu s'y établir, c'est que l'hôtel est en rénovation et est actuellement inoccupé. Là, ils forment une vraie communauté, organisée en tant que telle. Ainsi, Modou nous raconte qu'il y a deux commissions : l'une pour la sécurité et l'autre pour le nettoyage. La première est composée de 10 personnes. Il y a toujours un membre posté à l'entrée de l'hôtel avec un gilet de sécurité pour s'assurer que les personnes qui rentrent ne causeront pas de problème. D'après Modou, « il est déjà arrivé que des personnes qui logent ici rentrent dans un état d'ébriété et créent des disputes. Dans ces cas-là, on les confronte lors de nos réunions hebdomadaires. On tente de leur faire comprendre qu'il faut respecter les règles, que c'est mieux pour tout le monde. On leur laisse une chance, deux chances et si ça ne marche pas, c'est une semaine au Samusocial. À leur retour, ils respectent bien les règles car là-bas, on n'a aucune liberté. Ici, on peut sortir toute la journée. Les portes de l'hôtel sont fermées uniquement entre une heure et six heures du matin ». L'autre travail de la commission de sécurité, c'est la visite des chambres. Un de ses membres, qui a voulu rester anonyme pour des raisons de sécurité, explique que chacune des chambres est visitée deux fois par semaine « avec ou sans l'accord de la personne qui y loge, on a une clé qui ouvre toutes les chambres. Ce travail est très important, on nous a prêté ce bâtiment, on doit respecter ça. La propreté, l'état des meubles, on veille à ce que tout reste comme quand on est arrivé. Si la personne ne respecte pas nos règles, on la confronte en réunion ».

À la manière d'un tribunal communautaire donc, chaque personne a deux chances. « Et si au retour du Samusocial, il ne respecte toujours pas les règles, on le met dehors définitivement » affirme durement Modou. Ensuite, il y a la commission de nettoyage. On s'en occupe à tour de rôle. Une fois par semaine, tous les communs sont nettoyés. « On a bien pris soin de ce logement, mais on doit déjà partir », explique Modou. Le déménagement est effet prévu le 3 mars. À l'origine, la VSP devait quitter les lieux le 26 février, elle a eu un délai de 5 jours. Après trois mois passés sur les lieux, c'est la fin d'une aventure. Modou continue : « Mais on est habitué à ça. On est un gros collectif avec un peu plus d'une centaine de membres. Il est nous est difficile de trouver une solution stable et définitive. Donc on prend souvent des conventions d'occupation précaire, généralement pour trois mois. On a logé dans presque toutes les communes de Bruxelles. À chaque fois, il faut négocier avec l'administration de la ville ». Pendant de longues semaines, Modou et les autres ont arpenté les rues de Bruxelles à la recherche de bâtiments vides pouvant accueillir leur grand nombre.
Quand ils en trouvent, les négociations commencent avec la ville et ensuite avec les propriétaires. « Mais ça s'annonce mal pour cette fois-ci. On ne trouve rien… Si on se retrouve sans endroit où aller à la fin du contrat, on pourrait faire une action symbolique, comme manifester sur le campus de l'ULB. On l'a déjà fait par le passé ». L'idée vient de Serge Noël, président de l'association SOS migrants qui fait office de relais entre les migrants et l'administration.

Serge Noël, président de l'association SOS Migrants
Serge Noël, président de l'association SOS Migrants, l'un des soutiens de la VSP. Crédits photo : Jalil Chaouite

L'association de Serge vient en aide aux migrants, aux sans-papiers : « On a mené tout un processus de structuration, d'émergence de leader, d'organisation, etc. Cela porte ses fruits aujourd'hui, la VSP est bien organisée et gère bien les bâtiments qu'on lui confie. C'est comme cela qu'elle s'est fait une bonne réputation et c'est aussi pour ça que les négociations se passent toujours bien ».

SOS Migrants a surtout un rôle de facilitateur, notamment avec la VSP. Elle aide à organiser des soirées, appelées tables d'hôtes (rendez-vous le 26 avril sur cette page pour une vidéo inédite de cette soirée), où la VSP met en vente des plats préparés par les soins de ses membres pour récolter des fonds. Lors de ces soirées ouvertes à tous, « on retrouve des personnes issues de tous les horizons, généralement sensibilisées à la cause des sans-papiers » précise Serge. Il aide aussi pour la recherche de nouveaux logements, « bien que les premiers qui le font, ce sont les sans-papiers eux-mêmes », ajoute-t-il.

Carte des logements vides à Bruxelles. Source : Equipes Populaires

Il y aurait à Bruxelles, selon Christian Dessouroux, docteur en Sciences Géographiques à l'ULB, entre 15.000 et 30.000 logements vides. Cette carte, disponible sur le site logementsvides.be en recense une partie. Elle a été réalisée par Les Équipes Populaires, un mouvement de citoyens et de citoyennes actif dans la Communauté française de Belgique. Elle a été construite sur base de « promenades » par équipe, sillonnant chaque quartier de Bruxelles. Elle a été faite dans le cadre d'une campagne temporaire, inscrite sur plusieurs années et n'est donc pas exhaustive. L'absence prolongée des propriétaires est uniquement présumée, sur base des signaux visuels, comme l'état du bâtiment ou l'absence de meubles et parfois corroborée par le témoignage de voisins. Selon, Thibaud de Menten, un des coordinateurs de ce mouvement, « l'objectif visé par notre action était d'inciter les pouvoirs publics (régions et communes) à améliorer les outils disponibles et à en faire un meilleur usage : droit de gestion publique, amende administrative régionale plutôt que taxe communale, action en cessation. Pour nous : squatter, c'est bien, le droit au logement c'est mieux ».

Serge reprend : « Il y a énormément de logements vides, mais il n'y a que très peu de propriétaires qui sont d'accord pour mettre leur bien à leur disposition. En plus, dans le cas de la VSP, il faut chercher des grands hôtels vides, en travaux ou en demande de permis d'urbanisme. Et les membres du collectif ne veulent pas se séparer. Pour eux, l'occupation c'est un levier de mobilisation très important. Donc, une fois qu'ils trouvent un tel logement, ils nous envoient les adresses et on contacte les administrations ». Dans le cas évoqué, il y a eu un accord entre SOS Migrants, la commune et la VSP. « La commune a signé une convention d'occupation précaire pour la VSP. C'est-à-dire que l'association était autorisée à rester sur les lieux pour une courte durée. Et les charges sont payées par la ville, c'est très bien pour la VSP. Mais le problème, c'est que la VSP n'a jamais eu ces papiers sous les yeux. Les négociations ont plutôt été faites entre la commune et la société propriétaire. C'est gênant, car les sans-papiers sont les premiers concernés… Mais il valait mieux se taire pour eux car il faut rester en bons termes avec les communes. Dans le futur, il est possible que la VSP ait à négocier une nouvelle fois avec elles ». Modou et les autres doivent bientôt quitter les lieux, car les travaux vont reprendre. « Mais c'est plutôt un prétexte de la part des propriétaires, par exemple à leur ancien squat de l'hôtel Astrid, les travaux n'ont pas repris alors qu'ils ont dû quitter les lieux pour la même raison. Après, je peux comprendre que l'image du squat soit bordélique, sauvage, qu'on y imagine des junkies, etc. Si en plus on dit que ce sont des sans-papiers, plus personne ne veut en entendre parler ! Je pense que c'est aussi dû à la politique de criminalisation des migrants, par Francken et compagnie ». Pour la prochaine occupation, Serge pense à la commune de Forest parce que « c'est une majorité PS-Ecolo ! ». Nous avons contacté les propriétaires du Scandic Hotel. Nous sommes entrés en contact avec Inocencio Mundin, l'un des représentants de la société Pandox, propriétaire de l'hôtel, sans avoir de réponses à nos questions. Même chose pour Morgane Lobjois, cheffe de cabinet à la ville de Bruxelles. C'est elle qui a négocié la convention d'occupation du Scandic Hotel par la VSP avec Pandox. La VSP a rempli sa part du contrat : laisser l'hôtel dans l'état dans lequel elle l'a trouvé.

… face au silence des administrations

Samedi 3 mars 2018. C'est la fin du contrat qui autorise la VSP à rester à l'hôtel du 18 rue d'Arenberg. En début d'après-midi, sur place, tout le monde s'agite. Toutes les chambres ont déjà été vidées. Des sacs sont empilés dans le hall. Une chaîne humaine s'organise afin de les transporter rapidement hors de l'hôtel vers des voitures stationnées dans la rue. La VSP peut compter sur les nombreux soutiens dont elle dispose, qu'ils soient officiels ou pas. Après ce déménagement expéditif, une réunion a lieu pour la dernière fois à l'intérieur de l'hôtel. Modou prend le parlophone et s'exclame « on n'a pas eu d'accord pour notre prochain hébergement. Il va falloir faire une occupation sauvage … ». C'est une désillusion pour la VSP, mais c'est mieux que de rester dehors au froid ou au Samusocial, « où on sera tous séparés et notre voix affaiblie » se justifie Modou. Au tour de Yan, un membre du comité de soutien, de prendre le parlophone. Il explique le déroulement de la journée. « On va partir de l'hôtel en cortège jusqu'à la Gare Centrale, là on prendra un train qui nous mènera à la prochaine destination de la VSP ». La destination est gardée secrète jusqu'à la dernière minute. Et quand Yan dit cortège, c'est au sens littéral (rendez-vous le 26 avril sur cette page pour une vidéo inédite du déménagement). Des tambours accompagnent les sans-papiers et les soutiens, ainsi que des grandes banderoles. Car la deuxième finalité de la VSP, c'est aussi la lutte pour la régularisation. Ainsi, pendant les 10 minutes suivantes, la route sera bloquée par des fourgons de police pour laisser le passage à la VSP, qui scande d'une voix forte « Solidarité avec les sans-papiers. C'est pas les immigrés, c'est pas les sans-papiers, c'est la loi qu'il faut changer ».

Une fois le groupe arrivé à la Gare Centrale, Violaine, autre membre du comité de soutien annonce au parlophone la prochaine destination : « on prend le prochain train jusque Forest. On a des billets pour les sans-papiers. À tous ceux qui sont venus les soutenir, merci de vous débrouiller par vous-même ! » lance-t-elle non sans humour. « Direction : voie 6 ». Le périple continue, le trajet sera folklorique, toujours accompagné par les tambours et le tout dans la bonne humeur. Non sans un regard amusé par les autres passagers du train. Une fois à Forest, quelques policiers sont là pour s'assurer de la sécurité de tous. Le cortège reprend, jusqu'à l'internat de Forest, situé au 48, rue de Bourgogne. Le cadenas est forcé, la chaîne humaine se prépare à décharger les affaires à l'entrée du bâtiment, inoccupé et en travaux. La police est sur place, prévenue et veille à ce qu'il n'y ait pas de débordements.

Entrée de la VSP dans l'internat. Cliquez sur la vidéo pour la lancer.

Bien vite, la directrice des lieux débarque en panique, alertée par la concierge qui habite en face de l'internat. À la vue de cette masse de personnes, elle s'exclame : « Non, je ne suis pas d'accord ! Cette partie est en travaux, en plus il n'y a pas d'eau, pas d'électricité ! ». Le comité de soutien de la VSP vient calmer le jeu et expliquer la situation de la VSP. Au tour des caméras de la RTBF et de RTL-TVI d'apparaître. Violaine, la membre du comité de soutien qui avait guidé le cortège à la gare, prend la parole calmement : « ces sans-papiers se sont retrouvés sans endroit où aller, leur dernière convention d'occupation est arrivée à échéance aujourd'hui et ils n'ont pas trouvé d'autre endroit où aller ». La directrice reprend : « Je comprends bien mais ils ne peuvent pas faire ça ! Demain soir j'ai mes étudiants qui reviennent, qu'est-ce que je vais leur dire ?!». Chacun reste sur ses positions, la police affirme qu'ils ont le droit de squatter les lieux. Du côté de la directrice, les coups de fil commencent. Tout d'abord à Marc-Jean Ghyssels, bourgmestre de Forest et ensuite à Marie-Martine Schyns, ministre de l'Enseignement et de Promotion sociale car les bâtiments appartiennent à la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Le temps que le bourgmestre arrive, le ton des discussions monte, après que la directrice a fait le tour des lieux. « Ils ont sorti nos pots de peintures et ont entassé toutes leurs affaires dans les chambres ! ».

La directrice de l'internat, Martine Herrezeel en plein débat avec un membre du comité de soutien.
La directrice de l'internat, Martine Herrezeel en plein débat avec un membre du comité de soutien. Crédits Photo : François Dvorak

L'arrivée du bourgmestre calmera tout le monde. Il propose d'organiser une réunion à huis-clos avec la VSP, Violaine, la directrice de l'internat et le commissaire de police de la zone de Forest. Ce qu'il ressortira de cette réunion, c'est un délai accordé à la VSP. Officiellement jusqu'au lundi suivant, le temps que les pompiers puissent venir s'assurer de la salubrité des lieux. À ce jour, les discussions entre Marie-Martine Schyns et la VSP sont toujours en cours. Entre-temps, l'association peut loger à l'internat. Marie-Martine Schyns n'a pas accepté de répondre à nos questions. Le bourgmestre de Forest, Jean-Marc Ghyssels (photo ci-dessous) s'est montré plus ouvert sur le sujet et accepté une rencontre à son bureau.

Le bourgmestre de Forest, Jean-Marc Ghyssels

Il fait un constat sur l'affaire. Il nous explique que les premiers jours ont été difficiles pour les sans-papiers. Effectivement, l'eau n'était pas complètement acheminée dans cette partie de l'internat, ce qui a amené de nombreuses fuites et l'impossibilité pour Modou et les autres de se laver. Le bourgmestre leur a fait parvenir des berlingots d'eau pour résoudre temporairement le problème. Il a demandé à la fédération Wallonie-Bruxelles d'envoyer une équipe pour réparer, c'est désormais chose faite. « À côté de ça, on a rappelé qu'il était interdit de fumer dans les lieux, d'utiliser des bonbonnes de gaz ou de cuisiner à l'intérieur, utiliser l'électricité avec précaution, etc. Bref, des consignes de sécurité ». Selon lui, c'est le premier rôle du bourgmestre, dans ce type d'interventions d'urgence, il faut « garantir la sécurité, il faut avoir un rôle humanitaire, assurer le confort minimum et donner une certaine garantie pour les occupants ».

La suite du dossier sera gérée d'un côté par les propriétaires des bâtiments ou ceux qui jouissent du droit d'usage et de l'autre par les sans-papiers. À priori, le bourgmestre ne devrait plus être impliqué dans les négociations, « sauf si, le jour du déménagement ils ne veulent pas partir, là on me refilera la patate chaude ! », plaisante-t-il. Du côté de la police, pas de communication, si ce n'est de rassurer les riverains un peu inquiets à la vue du déménagement et après ce qu'ils ont vu ou entendu dans les médias. Les étudiants seraient de retour en septembre, donc d'ici là, cette partie de l'internat sera vide. Lors de la réunion à huis clos, le bourgmestre précise que les sans-papiers ont demandé s'il n'y avait pas d'autres bâtiments vides à Forest susceptible de les héberger. Quant à ce bâtiment, il ne faisait pas partie du relevé des bâtiments à l'abandon de M. Ghyssels. « D'autres bâtiments de ce gabarit, je n'en ai pas à Forest. On essaie de faire pression sur les propriétaires de bâtiments à l'abandon, grâce à la loi Onkelinx qui permet aux communes de reprendre possession des bâtiments abandonnés ».

Il poursuit : « Mais de toute façon je ne veux pas tomber dans le piège de dire, j'autorise l'occupation d'un bâtiment, comme ça j'ai une belle image. Et puis, s'il y a le moindre problème, les occupants se font cuire comme des sardines ! Non, ça je refuse. Le jour du déménagement, j'ai jeté un œil au tableau électrique, j'ai tout de suite pensé aux enfants, j'ai eu du mal à accepter de les laisser là. Je voulais vraiment avoir ces accords sur la sécurité ».

Sur la régularisation des sans-papiers : « C'est un système qui fonctionne mal. À un moment, il faut une procédure qui soit claire et rapide. Et quelle que soit la décision, positive ou négative, il faut appliquer cette décision. Mais ici on a manifestement quelque chose qui ne fonctionne pas ».

Quant à la réaction de la directrice, il admet la comprendre. « Elle a une enveloppe budgétaire à respecter. Pour chauffer tout ça, il y a un coût. Elle s'est sentie dépassée par les évènements. Mais elle a eu très certainement des contacts avec la fédération Wallonie-Bruxelles pour obtenir des aides. En tout cas, elle a eu l'appui de la commune ».

La directrice de l'internat, Martine Herrezeel dit ne pas pouvoir communiquer sur le dossier, sous ordre de Marie-Martine Schyns. Cependant, elle nous a mis en contact avec un des parents d'élèves, Loïc Lauwers. Dès que Loïc a entendu parler de l'arrivée de la VSP sur les lieux, il s'est senti concerné. Il raconte que dimanche, soit le lendemain du déménagement de la VSP, la directrice de l'internat était présente sur les lieux pour « accueillir les parents qui conduisent leurs enfants à l'internat comme chaque semaine et nous expliquer un peu la situation, nous rassurer suite à ce qu'on a pu voir dans les médias. Les clôtures ont été franchies, il y a eu des cris et des bousculades, bref c'était assez inquiétant ». D'après Loïc, la directrice a donné la parole aux étudiants, leur demandant leur ressenti sur la situation. « Mais ce sont des adultes, ce sont des étudiants du supérieur donc ils ont assez bien pris la nouvelle ». En revanche, depuis cette communication, les parents n'ont plus eu de nouvelles sur la situation. C'est Loïc lui-même qui a pris la peine de contacter la directrice pour avoir plus d'informations. « J'ai été un des seuls à le faire, car la plupart des étudiants sont des ressortissants étrangers, donc il est probable que leurs parents ne soient même pas au courant de la situation ». Après avoir eu plus d'informations, Loïc s'est senti rassuré, mais il pense que « cette cohabitation posera des problèmes. L'environnement est studieux, en été je comprends que la VSP veuille faire des barbecues dans la cour, qu'il y ait des allées et venues, du bruit. Tout cela dérangera certainement les étudiants. Ma fille et les autres étudiants se plaignent déjà ! Il y a du bruit, beaucoup plus de sacs poubelles qui traînent ». De plus, « ce sont des sans-papiers. Si l'un d'eux cause des problèmes, il sera difficile de l'identifier ». Sur le principe du squat, Loïc émet des réserves. « Je sais qu'il y a des critères d'urgence, que ces gens sont dans le besoin. Je vais arriver à me dire, y'a pas le choix ! Personne n'accepte de les héberger. Mais tout ça c'est facile à dire quand on n'est pas directement impliqué… Je trouve que c'est une manière un peu violente de procéder ». Loïc a lui aussi contacté Marie-Martine Schyns afin d'avoir des réponses à ses questions et d'en savoir plus sur l'évolution de la situation. À ce jour, lui non plus n'a pas eu de réponse de la part de la ministre de l'Éducation.

Le futur de la VSP est incertain. Depuis sa fondation en 2014, ses membres sont habitués à vivre au jour le jour, espérant trouver une situation stable. En attendant presque un miracle, l'association continuera de se faire entendre du mieux qu'elle peut.