Pentecôtisme brésilien à Bruxelles : du silence à la louange

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Le silence monastique

Pentecôtisme brésilien à Bruxelles : du silence à la louange

Céline ARNOULD, Maureen HORLAIT, Jamison LINS

Près de 50.000 Brésiliens vivent en Belgique et la moitié d'entre eux résident à Bruxelles. Pourtant, très peu de gens connaissent l'existence de cette grande communauté. Les églises brésiliennes lui apportent une aide matérielle importante. Elles les aident à survivre. L'église Videira à Anderlecht est la plus populaire d'entre elles. 320 fidèles s'y rendent chaque semaine. Nous n'avons pas l'habitude de les entendre mais dans leur paroisse, le pasteur ne prêche pas dans le vide. Prenez part à notre visite virtuelle, choisissez votre parcours et partez à la découverte de ce lieu de vie très cher aux Brésiliens de Bruxelles.

Une floraison d'églises comme moyen de survie

Environ 45 églises brésiliennes sont réparties sur les communes d'Anderlecht, Forest et Saint-Gilles. La plupart sont évangéliques, deux seulement sont catholiques. Videira, l'église dans laquelle vous venez d'entrer, est le point rouge sur la carte ci-dessous.

Il y a eu deux temps forts dans l'immigration brésilienne en Europe. Une première vague migratoire a eu lieu dans les années quatre-vingt dans le but de fuir la dictature. Plus tard, au début des années 2000, de nombreux Brésiliens sont arrivés chez nous, pour des raisons économiques cette fois. En s'installant en Belgique, cette communauté a bien sûr amené ses croyances avec elle. D'ailleurs, Elisabeth Mareels, dans sa thèse « Migration et pentecôtisme brésiliens entre le Brésil et la Belgique. Une analyse à partir des enjeux du « relationnement », affirme que « les lieux qui réunissent le plus de Brésiliens en Belgique sont les lieux de culte ». Elle ajoute que « c'est dans la capitale belge que la grande majorité des Brésiliens se concentrent ». On compte ainsi plus d'une quarantaine d'églises brésiliennes à Bruxelles. « C'est le reflet de la situation au Brésil où, il y a trente ans, c'était uniformément catholique. Et pendant ces trente dernières années, il y a eu un essor incroyable de toutes ces églises alternatives », explique Anne Morelli, professeur d'histoire des religions à l'Université Libre de Bruxelles.

Depuis 2014, le catholicisme a perdu 9 millions de fidèles au Brésil selon l'Institut Datafolha. 20% des Brésiliens nés Catholiques ont changé de religion en 2014, rapporte le Pew Research Center.

Ces institutions religieuses existent au Brésil mais elles ont connu un développement énorme chez nous car elles répondent à une certaine demande, une certaine attente de la part des Brésiliens dont la vie n'est pas toujours facile ici. Ils ont en effet beaucoup de problèmes, aussi bien matériels qu'administratifs. Les églises représentent donc un véritable espoir de voir tous ces problèmes disparaître. Elles se sont développées dans le but de venir en aide à cette communauté en détresse, et constituent un véritable moyen de survie. Ainsi, en échange d'argent, l'église s'engage à aider les Brésiliens à se procurer des papiers ou à trouver du travail, par exemple.

Le culte, un moment de communion

Le dimanche, c'est jour de culte à Videira. Aller à l'église pour les brésiliens n'est pas la même chose que pour les Belges. Que ce soit à 10 heures pour le culte plus familial ou à 17 heures pour le culte des jeunes, la musique est de mise. Ils chantent des paroles bibliques et dansent devant un groupe jouant de la musique rock sur un air de batterie, de guitare et même de violon. Les jeunes se lèvent et vivent la louange comme un concert mais chacun prie de son côté. Ils vivent l'instant.

Le paradoxe de l'intégration et de l'entre-soi

À Videira, tout le monde est le bienvenu. C'est un lieu de partage et de rencontre, un lieu où des gens de toutes nationalités sont censés se mélanger. Pourtant, l'église est majoritairement composée de fidèles brésiliens. Si le pasteur met un point d'honneur à ce que ceux-ci s'intègrent à la société belge, ils ont plutôt tendance à pratiquer ce qu'on appelle l'entre soi…

Brésiliens dans l'église Videira à Anderlecht à Bruxelles. Un garçon est habillé d'un t-shirt "Jesus is the light"
Les Brésiliens se réjouissent d'accueillir des Belges dans leur église. Mais si eux-mêmes ne sortent pas de leur église pour aller à la rencontre des Belges et ainsi découvrir leur culture et leur style de vie, il leur devient alors difficile de s'intégrer.
Photo : Clément Tiberghien

Lorsque l'on discute avec les fidèles de Videira, on comprend qu'il n'y a aucune volonté pour eux de rester entre Brésiliens. Au contraire, tous affirment que les portes sont ouvertes à tout le monde, peu importe la nationalité. Selon le pasteur Cassiano, c'est important que des Belges viennent dans leur église, pour favoriser le « vivre ensemble ».

Pourtant, des Belges, on n'en voit pas tellement à Videira. Lors des cultes, on constate que la grande majorité des gens sont brésiliens. Ils se rassemblent selon leur mode de sociabilité d'origine. Plusieurs éléments favorisent cela, notamment la barrière de la langue ou la peur de découvrir des pratiques religieuses inhabituelles, par exemple. Quelques jeunes Africains présents lors du culte pour adolescents du dimanche soir nous partagent leur expérience :

L'église, un moyen d'intégration ?

Selon Anne Morelli, professeur d'histoire des religions à l'Université Libre de Bruxelles, ces églises ne se sont pas du tout développées dans le but d'aider les Brésiliens à s'intégrer chez nous :

Videira offre divers services à ses fidèles. Il y a des salles de garderie pour les enfants, par exemple. Une partie de l'église est même consacrée à l'hébergement de personnes ayant des difficultés à se loger. C'est un véritable réseau social où les Brésiliens se serrent les coudes. Cette adhésion à un groupe religieux assure plutôt une certaine insertion qu'une intégration à la communauté bruxelloise. Cela signifie qu'il s'agit davantage d'accéder à un certain statut en participant aux activités de la société (trouver un emploi, un endroit où vivre, etc.) que de réellement devenir membre de cette société.

« La situation sociale n'est quand même pas très brillante. Il y a peu de réussite à part celle des pasteurs. Pour eux, c'est un soupir, c'est quelque chose qui les aide à vivre. Même si c'est comme l'opium ou comme la drogue, ça nous aide à trouver que la vie est belle mais ça ne résout pas les problèmes. »

Pour les Brésiliens, le religieux est un moyen de survie qui pallie le manque d'encadrement de l'État belge. Ils tentent de s'insérer dans un espace réconfortant et de trouver ainsi le sentiment d'appartenance qu'ils ont perdu en migrant chez nous. Mais ce sentiment d'appartenance tient davantage à leur église qu'à Bruxelles ou à la Belgique.

Il faut aussi spécifier que la plupart d'entre eux sont originaires de l'Etat de Goiás au Brésil et plus précisément, de la ville de Goiânia. Ainsi, ce ne sont pas seulement des Brésiliens qui ont migré chez nous : c'est une ville du Brésil qui s'est installée à Bruxelles. Elisabeth Mareels, chercheuse sur les pratiques religieuses des migrants brésiliens à Bruxelles, écrit dans sa thèse : « C'est l'entre soi de la 'goianité' à Bruxelles ».

À Bruxelles, les églises peuvent fournir une réelle base de données sur les immigrés brésiliens. En effet, 3.509 Brésiliens régularisés vivent à Bruxelles. En réalité, il y en a bien plus mais beaucoup sont sans papiers. Alors, comment les compter? C'est là que les églises interviennent. Videira, par exemple, est une référence. Etant donné qu'il s'agit d'un lieu de socialisation pour les Brésiliens, de nombreux sans papiers s'y rendent. En partageant son registre composé des noms de ses fidèles, l'église permet à des organismes tels que l'Office des Étrangers, par exemple, de se rapprocher davantage du nombre exact de Brésiliens à Bruxelles.

Source : Chiffres de l'Office des Etrangers.

En fait, c'est quoi le Pentecôtisme ?

Le Pentecôtisme est peu connu par certains, mal connus par d'autres. Il arrive même qu'on l'associe à une secte. Cette religion, née du Protestantisme, a été créée aux États-Unis avant d'arriver chez nous il y a un peu moins de 100 ans. Elle se base sur la Pentecôte, c'est-à-dire la venue du Saint-Esprit sur les Apôtres. Souvent, les Pentecôtistes disent avoir été touchés par cet esprit.

Jeune qui raconte la bible au culte du dimanche dans l'église Videira à Anderlecht
Les pentecôtistes font beaucoup de prosélytisme. Des fidèles de Videira viennent chaque mardi à l'ULB pour faire de nouveaux adeptes. Photo : Clément Tiberghien

Ce mouvement a été créé au début du 20ème siècle aux Etats-Unis. Depuis, il s'est exporté un peu partout dans le monde. Il rencontre un succès particulier en Afrique et en Amérique du Sud, deux continents où la religion occupe une place importante dans le quotidien des gens. Ce mouvement est issu de l'évangélisme, qui vient lui-même de la religion protestante. 22% des Brésiliens sont pentecôtistes, quantifie DataFolha.

Selon le quotidien français La Croix, le pentecôtisme « donne une place centrale au récit de la Pentecôte, qui raconte l'irruption de l'Esprit Saintsur les Apôtres réunis à Jérusalem ». De plus, ce courant se base sur la véracité de la Bible mais voit d'un mauvais œil « les approches rationnelles de la foi ». Maïté Maskens, anthropologue religieuse et spécialiste du pentecôtisme, nous explique ce que c'est :

« Le pentecôtisme a cette particularité d'être un mouvement profondément conversioniste. C'est-à-dire qu'à partir du moment où le fidèle est converti, il a le devoir d'évangéliser, de convertir, de convaincre d'autres personnes. Et donc c'est un des facteurs qui explique le succès de ces groupes, et aussi certainement leur stigmatisation parce que ce prosélytisme est aussi assez agressif à certains égards. »
Maïté Maskens

À l'église Videira, de nombreux fidèles ont dit avoir vécu une expérience particulière avec l'Esprit Saint. « On sent vraiment la présence du Saint-Esprit, c'est vraiment fort agréable et on sent vraiment cet amour, cette atmosphère », soutient Scotty, un jeune fidèle de l'église. «  Dans un sens plus large, on peut appeler, ou l'on a parfois appelé, pentecôtistes, en Amérique surtout, certaines Églises ou sectes parce qu'elles insistent sur la réception des dons du Saint-Esprit (…) », peut-on lire dans l'Encyclopaedia Universalis.

Mais du coup, secte ou pas secte ?

Certaines personnes considèrent les églises pentecôtistes comme des sectes de par leurs pratiques religieuses particulières. Celles-ci sont en effet assez différentes de celles que l'on a l'habitude de voir dans les églises catholiques, par exemple. Mais qu'est-ce qu'une secte finalement ? Selon Anne Morelli, professeur d'histoire des religions à l'Université Libre de Bruxelles, ce mot est fort car « il désigne le groupe de l'autre, de celui qui est différent ». Dans les dictionnaires, on peut lire qu'une secte est un groupement religieux, clos sur lui-même et créé en opposition à des idées et des pratiques religieuses dominantes. Enfin, si l'on ne trouve pas de définition claire de ce qu'est une secte dans la loi belge, celle-ci indique tout de même que les cultes non reconnus par l'État sont considérés comme sectes. Or, le Conseil Administratif du Culte Protestant et Évangélique (CACPE) étant le représentant des églises protestantes et évangéliques auprès des autorités civiles nationales, et l'église Videira étant reconnue par ce même CACPE, on peut affirmer qu'aux yeux de la loi belge, l'église Videira n'est pas considérée comme une secte. Maïté Maskens nous donne son avis sur ce sujet :

Christian, un jeune de l'église Videira, prend du recul par rapport à cette notion de « secte » : « Quand les gens disent que notre église est une secte, je comprends complètement parce que moi aussi quand je ne connais pas quelque chose, il m'arrive d'avoir des préjugés et des idées préconçues. Mais nous sommes libres et ouverts, et si quelqu'un veut venir voir, les portes lui seront toujours ouvertes ». Cette déclaration témoigne d'une ouverture d'esprit qui est assez présente chez chacun des fidèles.

Le financement de l'église, un « vote pour Dieu »

L'église Videira n'est pas subventionnée par l'État. Mais pour qu'elle puisse exister, il faut trouver des financements. C'est pourquoi, pour faire vivre leur lieu de culte, les fidèles donnent de l'argent à l'église. Ils contribuent ainsi à payer l'eau, le courant mais aussi le Pasteur. Si cette pratique peut paraître dérangeante au premier regard, elle est assez courante au sein des cultes non-reconnus.

Le vote pour Dieu est le moment où au culte du dimanche, les fidèles paient la dime et font des offrandes
Tous les dimanches lors du culte, les fidèles déposent la dime dans une urne. Photo : Clément Tiberghien

Dans beaucoup de pays, les églises ne sont pas subventionnées et doivent donc trouver des financements par elles-mêmes. En Belgique, en revanche, l'État subventionne bel et bien les religions principales, à savoir le catholicisme, le protestantisme, l'islam et le judaïsme. Les églises d'autres religions doivent donc trouver d'autres moyens d'acquérir de l'argent. « C'est notre vision qui est plutôt anormale », affirme Anne Morelli, professeur d'histoire des religions à l'Université Libre de Bruxelles. «Si vous êtes témoin de Jéhovah, vous ne recevez pas d'argent, pourtant, il y a plus de témoins de Jéhovah à Bruxelles que de Juifs », explique-t-elle.

Videira étant une église pentecôtiste, une branche de l'évangélisme, elle ne fait pas partie des quatre religions principales et n'est donc pas subventionnée par l'Etat. Ainsi, pour la financer, le pasteur récolte la dîme auprès de ses frères. Anne Morelli nous nous en dit plus quant au financement de ces églises :

Lors des cultes, une fois la louange terminée, les lumières se rallument et le pasteur Ricardo Cassiano invite alors les fidèles à « voter pour Dieu ». Des enveloppes circulent dans la foule. Chacun met de l'argent dans la sienne et la dépose dans une urne. Puis, tout le monde lève les bras comme pour la bénir.

Ricardo propose ensuite d'acheter des livres. L'argent lui revient mais il fera don d'une partie à des enfants au Brésil. « La dîme, ce n'est pas que donner de l'argent, c'est aussi donner plus d'amour et de joie aux gens. L'offrande, c'est pour bénir la maison de Dieu », explique Christian, qui traduit en français le culte qui se fait en portugais. Anne Morelli interprète cela comme : « Je donne pour que Dieu me donne ».

Ricardo Cassiano, pasteur de l'église Videira, vend des livres pour récolter de l'argent
Ricardo Cassiano, pasteur de l'église Videira. Photo : Clément Tiberghien

Pendant ce culte, on énumère l'agenda des activités à venir. Bientôt, aura lieu le festival de hamburgers. C'est l'événement qu'ils attendent tous. Quand le pasteur évoque ce délicieux hamburger pour la modique somme de huit euros cinquante, la foule se met à crier de joie. Les fidèles sont d'autant plus ravis que l'argent récolté servira à payer des instruments de musique : une batterie, deux guitares, un clavier électronique et un violon. Tout ça coûte cher, et insonoriser les murs aussi.

Mais au-delà des instruments, tout cet argent gagné durant les activités organisées par Videira, sert aussi à payer les travaux réalisés dans le bâtiment, le matériel, les services proposés aux Brésiliens ainsi que le salaire du pasteur. « Mon salaire, c'est les frères de l'église qui le paient avec la dîme et les offrandes », avoue Ricardo Cassiano.

L'apprentissage du français, important moyen d'intégration

Pouvoir communiquer est une nécessité, ne serait-ce que pour faire ses courses, se déplacer en transports en commun, demander un renseignement… C'est pourquoi l'église Videira a mis en œuvre différentes stratégies pour offrir la possibilité aux Brésiliens d'apprendre le français et de leur permettre ainsi de mieux s'intégrer chez nous.

Beaucoup de Brésiliens vivant à Bruxelles ne parlent que le portugais, ce qui est assez absurde lorsque l'on vit dans un pays dont les langues officielles sont le français, le néerlandais et l'allemand, s'esclaffe Ricardo Cassiano, pasteur de l'église Videira.

« Il faut changer la mentalité, il faut apprendre la langue et c'est comme ça. J'ai entendu beaucoup 'le pasteur est fou, le portugais c'est ma langue'. Mais c'est pas logique, ici c'est la Belgique. Point. »
Ricardo Cassiano

C'est pourquoi l'église Videira organise ses propres cours de français, à raison de deux fois par semaine. Des dizaines de Brésiliens s'asseyent en rond, encerclant leur professeur, et apprennent à se présenter, s'exercent à conjuguer des verbes et à construire des phrases en français, le tout de manière plutôt joyeuse et ludique.

« La première chose qui motive un apprenant débutant à apprendre le français, c'est de communiquer, explique Nadia. Mais au-delà de ça, il y a le vivre ensemble. Et c'est aussi important de pouvoir parler pour ne rien dire, de pouvoir parler de la pluie et du beau temps »

Pour les Brésiliens, c'est plus facile d'apprendre le français car il s'agit d'une langue latine, mais le pasteur n'exclut pas pour autant les autres langues du pays. Au contraire, il a l'intention d'ouvrir des cours de néerlandais ainsi que des cours d'anglais, une langue internationale qui, selon lui, peut être très utile à la communauté brésilienne.

Lors du culte du dimanche matin, le pasteur prêche en portugais mais ses paroles sont systématiquement traduites en français. Des sous-titres en plusieurs langues défilent derrière le pasteur. Le culte du dimanche après-midi se fait quant à lui entièrement en français car il est plutôt destiné aux jeunes. Or, la majorité des jeunes Brésiliens parlent le français, explique Ricardo Cassiano.

Le rêve européen des Brésiliens

Quand les Brésiliens arrivent en Belgique, ils essayent très rapidement de trouver du travail sans diplôme. On constate alors que les hommes un peu bricoleurs se retrouvent à travailler dans le bâtiment et que les femmes deviennent des aides ménagères.

Eglise videira en travaux
Videira embauche certains de ses fidèles pour terminer ses travaux. Beaucoup de pièces sont encore en cours de construction. Quand ils n'y sont pas pour prier et assister au culte, ils viennent jouer les ouvriers. Photo : Clément Tiberghien

Pour les immigrés brésiliens, venir en Belgique et en Europe, ça leur permet tout simplement d'avoir un meilleur avenir, comme l'explique Italo, un jeune brésilien arrivé en Belgique en 2009 : « la vie chez nous n'est pas très favorable alors qu'ici quand on travaille le salaire est énorme. Chez nous tu gagnes environ 250 euros. Le fait de vouloir venir en Belgique, c'est pour essayer d'avoir une bonne vie ». Pour certains Brésiliens, ce n'est pas l'aspect financier qui les pousse à venir en Belgique, mais les études. En 2017, 233 brésiliens disposaient d'une carte de séjour pour étudier, rapporte l'Office des étrangers. « En Belgique, les enfants doivent aller à l'école qu'ils aient des papiers ou non, c'est dans la loi et donc des parents les mettent ici à l'école. Mais quand ils arrivent à 18 ans, ils rencontrent des difficultés », précise Nubia, coordinatrice à l'association Raiz Mirim qui s'occupe des enfants lusophones.

Italo revient sur le manque de qualification de ses compatriotes et explique qu'ils n'ont pas le choix de prendre que des petits boulots car ils ne sont pas régularisés. « Ces gens ne savent pas travailler ailleurs que dans le bâtiment ou dans le nettoyage car ils n'ont pas de diplôme », dit-il avant de mentionner que c'est par facilité qu'ils travaillent dans ces secteurs. « Les plus jeunes ont appris le français et trouvent du boulot mais les autres sont souvent dans le bâtiment car ils n'ont pas besoin de parler le français ».

Les femmes trouvent plus facilement du travail. L'emploi est plus stable et la rémunération beaucoup plus sûre. Dans le nettoyage, le travail est terminé, le paiement se fait tout de suite. L'employeur ne risquera pas de ne pas la payer parce qu'elle sait où il habite. Il y a une certaine confiance. Cette stabilité fait migrer plus de femmes que d'hommes en Belgique.